Le Shameplane

plane

Le “Flygskam”  cela vous dit quelque chose ? Cela signifie, en suédois, la honte de prendre l’avion ! Au contraire de la fierté de voyager en train : “trainbrag”. Si cela ne vous dit rien, c’est normal puisque ces tendances viennent de Suède et tendent à se répandre en Europe.

En Suède, en effet, de plus en plus de voyageurs ont décidé de bouder l’avion. Trop émetteur de gaz à effet de serre ; ils ont préféré changer leurs habitudes et utilisent désormais le train pour leur déplacements professionnels et mais aussi pour partir en vacances.

Le ShamePlane est donc un mouvement français qui a pour vocation de perpétuer ce mouvement né en Suède. Mais dans l’hexagone, aurons-nous la même prise de conscience et oserons-nous changer nos habitudes ?

condensation train

L’impact du transport aérien sur le changement climatique a fait ces derniers temps l’objet d’une polémique grandissante. Au-delà du débat sur la fiscalité se pose la question de la durabilité de ce mode de déplacement.

On questionne la pertinence de maintenir les lignes aériennes en Europe, voire la responsabilité des voyageurs, dans le sillage des Suédois qui se détournent de plus en plus de l’avion sous l’effet de la taxation des billets et de l’émergence de la “honte de voler” ou “Shameplane”.

Cette situation mérite que l’on regarde les chiffres de plus près.

Un trajet 1 500 fois plus émetteur qu’en train

Pour comparer l’impact climatique des différents modes de transport, les chiffres les plus utilisés sont ceux des émissions de CO₂ par voyageur au kilomètre.

Sur ce critère, l’avion ressort largement en tête du classement des modes les plus polluants, dans des proportions similaires à la voiture individuelle et avec des émissions de l’ordre de 45 fois supérieures au TGV (ou 15 fois pour la moyenne des trains longue distance).

On pourrait ainsi penser que l’avion et la voiture ont des impacts similaires. Sauf que la rapidité de l’avion lui permet d’atteindre des distances lointaines en très peu de temps. Alors que personne n’imaginerait faire un aller-retour Paris-Marseille en voiture dans la journée ou partir au Japon pour un trajet de cinq jours, c’est justement ce que permet l’avion et c’est cela qui fait toute la différence !

Un second critère à examiner concerne donc les émissions par heure de trajet. Une personne prête à faire 10 heures de trajet pour partir en vacances traversera la France ou atteindra un pays voisin si elle part en voiture, en train ou en car. Opter pour l’avion lui permettra de partir sur un autre continent pour le même laps de temps, rien de surprenant.

Cette vitesse implique que le trajet moyen en avion est de 2 400 km, loin devant les autres transports dont les trajets à longue distance sont généralement de l’ordre de 300 km et de quelques kilomètres à quelques dizaines de kilomètres tous trajets confondus. Monter dans un avion est donc loin d’être anodin en matière d’impact climatique comparé aux autres modes de transport.

Alors que les émissions d’un kilomètre en avion équivalent à peu près à un kilomètre effectué seul en voiture, une heure en avion est 13 fois plus émettrice qu’une heure en voiture. Monter à bord d’un avion rendra votre trajet 125 fois plus émetteur en moyenne que de monter dans une voiture ; et plus de 1 500 fois plus émetteur que de monter dans un train ça fait froid dans le dos non ?

L’impact du shameplane sous-évalué

Calculer son bilan carbone personnel sur une année permet de se rendre compte de ce très fort impact, à l’échelle individuelle, d’un trajet en avion à longue distance.

Si l’on regarde les statistiques françaises, les émissions de CO₂ de l’aérienreprésentent ainsi seulement 2,8 % des émissions des transports et 0,8 % des émissions totales de gaz à effet de serre en 2016. Ces faibles chiffres s’expliquent par le fait que seuls les trajets internes à la France sont comptés (outre-mer compris). Les transports aériens et maritimes internationaux ne sont en effet pas pris en compte dans les chiffres des conférences des Nations Unies sur le climat.

Par conséquent, le secteur se fixe ses propres objectifs climatiques(forcément peu contraignants) via l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), et les inventaires nationaux des émissions reflètent donc un périmètre purement national.

Pourtant, compter les trajets internationaux multiplie par six l’impact de l’aérien pour la France, pour le faire passer à 13,7 % des émissions des transports et 4,4 % des émissions totales du pays, ce qui change beaucoup de choses.

Au niveau mondial, l’aérien représente en 2015 environ 11 % des émissions de CO₂ des transports, soit 1,5 % des émissions totales de gaz à effet de serre.

Outre le CO2, d’autres effets réchauffants

Un deuxième biais d’analyse réside dans le fait que les émissions de CO2 ne représentent qu’une partie de l’impact climatique de l’aviation. Parmi les autres effets les plus significatifs, les oxydes d’azote (NOx) émis dans la haute atmosphère entraînent une réduction de la quantité de méthane (CH4) et une production d’ozone (O3), deux gaz à effet de serre, ainsi que les traînées de condensation et les cirrus (nuages de la haute atmosphère) qui ont tous deux un effet réchauffant.

Le shameplane freine la croissance du trafic

Aligner le transport aérien sur l’objectif de l’Accord de Paris devrait donc passer par une remise en cause des hausses du trafic. Ce changement peut passer en partie par des changements de comportement individuels (voyager moins loin, moins souvent, privilégier d’autres modes), mais devra aussi passer par une régulation plus forte au niveau international pour donner les bonnes incitations et faire payer au secteur le prix de sa pollution.

Nous sommes conscients à l’échelle planétaire que le réchauffement climatique s’accélère. En témoigne récemment la fonte sans précédent des glaces de l’Arctique.

iceberg

Un bien triste record.
Jeudi 1er aout, et uniquement sur cette journée, pas moins de 4,4 millions de piscines olympiques se sont déversées dans les océans, conséquence de la fonte de onze milliards de tonnes de glace au Groenland. Cet épisode compte parmi les taux de fonte les plus élevés de tous les temps.

Le cercle arctique ravagé par des incendies « sans précédent »

En Sibérie, au nord du Canada ou encore en Alaska, le même désastre écologique et climatique se joue depuis le début du mois de juin alors qu’une centaine de gigantesques incendies ont ravagé des millions d’hectares dans le cercle polaire arctique. Souvent déclenchés par la foudre, combinée aux températures élevées et à la sécheresse, ces feux sont exceptionnels par leur ampleur et leur nombre, « sans précédent » .

Sur le seul mois de juin, ces feux ont dégagé 50 mégatonnes de CO2, soit autant que les émissions annuelles de pays comme la Suède ou la Hongrie. Depuis le début du XXIe siècle, les forêts boréales se consument à un rythme jamais atteint depuis au moins dix mille ans.

Comment appliquer le shameplane ?

Vous n’êtes pas sans savoir que selon de nombreux scientifiques interrogés par la BBC, il ne resterait que 18 mois pour effectuer une transition écologique durable.

Ce consensus scientifique grandissant s’appuie sur le rapport du GIEC publié l’an dernier, selon lequel les émissions de gaz à effet de serre devraient être réduites de 45% d’ici à 2030 pour éviter la catastrophe climatique.Les voyageurs doivent-ils avoir honte de prendre l’avion ? Le secteur aérien représente 2 % des émissions mondiales de CO2, mais l’avion serait devenu l’ennemi climatique numéro 1.La France, berceau de l’aviation, de Saint-Exupéry, Kessel et Mermoz, est aussi championne du monde de la créativité fiscale. Une angoisse ? Une taxe ! Le gouvernement, après s’être opposé à tout nouvel impôt qui ne serait pas de niveau européen, a opéré un spectaculaire virage sur l’aile pour annoncer une écotaxe sur les billets d’avion au départ de la France.Face à ce grand marasme, le ShamePlane pourra t-il avoir une vraie dimension pour changer le monde ? Serons-nous prêts à sacrifier quelques trajets en avion pour préserver des conditions de vie acceptables dans les décennies à venir et ainsi faire du vrai développement durable
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